Les pieds sur Terre

Après l’ouverture de cette page consacrée à C’est foutu ou pas ? intitulée « En tension vers l’utopie », redescendons quelque peu sur Terre !


Le Vivant n’est pas un simple concept, utile et positif pour dépasser l’opposition entre Nature et Culture. Il repose avant tout sur une réalité : il y a ce qui vit, et ce qui vit s’oppose au reste. Ce « reste », dans notre environnement d’humain, est d’abord et avant tout constitué d’une masse d’objets artificiels. Le sentiment selon lequel « c’est foutu » ne provient-il pas aussi de ce contexte artificiel, que les dirigeants actuels de cette planète veulent rendre toujours plus artificiel ?

Le Vivant est la plupart du temps exclu des discours politiques, ou s’il ne l’est pas, c’est pour évoquer des drames, des catastrophes, des cataclysmes sans solution. Ainsi, peu à peu, germe l’idée que le Vivant est difficile à maîtriser, qu’il est finalement assez peu connu, et que nous gagnerions à vivre dans « moins de Vivant » mais entourés de « plus de technologie ». Nous irions ainsi vers davantage de certitude.

Que le Vivant soit difficile à maîtriser est une évidence. Il est bien trop complexe pour que nous soyons certains, en bougeant une pièce dans tel sens, de faire évoluer l’ensemble du puzzle vers le mieux. Lorsque les médias nous montrent des images de la planète en détresse, des moussons ou des inondations, la banquise qui fond, les animaux qui périssent dans des feux gigantesques en Australie, en Amazonie, au Canada, un sentiment angoissant nous envahit : la vie elle-même est menacée. Dans un tel torrent de mauvaises nouvelles, il est difficile de ne pas penser que « c’est foutu », et que nous n’arriverons jamais à redonner l’énergie au Vivant pour qu’il poursuive sa route merveilleuse.

Le Vivant est finalement assez peu connu. Les experts nous parlent de millions d’espèces de végétaux et d’animaux qu’il nous reste à découvrir et que nous ne connaîtrons jamais parce qu’elles disparaissent à une vitesse ahurissante. Quant à celles qui émergent, si ce sont des coronavirus, autant les laisser là où elles sont, laboratoires P4 ou antres de chauves-souris, peu importe… Sur la base de tels raisonnements, comment faire pour ne pas nous méfier du Vivant ? Quasi impossible, et l’angoisse l’emporte : « c’est foutu ».

La solution, beaucoup de jeunes le disent dans les débats et les interventions en collège et en lycée, passe par davantage de technologie. Dans un lycée agricole, en juin 2021, des étudiants en foresterie m’ont dit que la solution, c’était de cultiver toutes les forêts pour produire suffisamment de bois, que ce serait bien plus efficace que de conserver les forêts tropicales primaires. Tous n’étaient pas d’accord avec cette façon de voir la forêt et le monde, mais il n’empêche qu’elle révèle que, chez certains de nos contemporains, dont une part importante de la jeunesse, le Vivant est évacué au profit des technologies, d’une « artificialisation » de la vie. Là encore, difficile de ne pas penser que « c’est foutu »…

Pourtant, la solution n’est pas difficile. Dans tous ces cas, c’est le paradigme suivi qui est une impasse.

Pourquoi vouloir « maîtriser » le Vivant ? C’est la volonté de maîtrise qui doit être discutée et remise totalement en question. La vie est bien davantage une suite d’incertitudes que de certitudes, et il est tout à fait positif qu’il en soit ainsi. Ce n’est pas parce que nous ne maîtrisons pas le Vivant que c’est foutu, c’est même plutôt l’inverse : ne pas maîtriser est une autre philosophie… de la vie ! C’est la chance de créer, d’inventer, de douter et d’aller de l’avant.
Nous méfier du Vivant que nous ne connaissons finalement pas si bien n’est pas non plus un problème ; c’est encore une chance ! Il nous reste des tonnes de choses à découvrir, et pas la peine d’aller caresser les comètes ou faire coucou à Saturne ou Vénus. Restons les pieds sur Terre. Intéressons-nous à ce Vivant duquel nous sommes, nous aussi et quoi que nous en pensions, partie prenante. Ce n’est pas foutu puisque nous sommes vivants et nous sommes capables de penser notre avenir.


Enfin, la technologie et l’artificialisation de la vie. Cela semble très pratique de demander au GPS comment faire pour aller jusqu’au rendez-vous avec Linda et Tom, de leur dire qu’on est sur place grâce à son téléphone intelligent (smartphone en français), d’aller chez eux pour regarder un film grâce à Netflix, etc. Le président de la République en rajoute avec le mirage de l’intelligence artificielle, comme si un robot pouvait réellement avoir des sentiments, éprouver de l’angoisse, de l’amitié (pour un autre robot ? pour un humain ?), et ainsi de suite. Comment croire que l’intelligence n’a rien à voir avec la capacité à éprouver des sentiments ? Ledit président doit avoir un problème de ce côté-là, lui qui pense que certaines personnes ne « sont rien »… L’artificialisation de la vie, ça, c’est d’ores et déjà foutu : c’est un oxymore, un non-sens absolu. Pire : un contre-sens total.

Le Vivant domine l’avenir : il en est même la condition, la chance et l’espoir. Non, ça n’est pas foutu, et il est tout à fait possible de dire cela aux jeunes de ce pays, même si les sondages nous affirment qu’ils sont très découragés. N’est-ce pas à nous, les adultes, de faire bouger les choses ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *